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Après avoir été victime d’un grave accident de la route en décembre dernier, Bradford Cox, le leader de Deerhunter, prend un nouveau départ avec Fading Frontier. Les deux derniers albums du groupe pourraient résumer à eux seuls toute une vie de rockstar. Monomania, et son punk/garage fulgurant, aurait pu marquer un très bon début de carrière s’il n’était pas le successeur de quatre œuvres majeures (Cryptograms, Microscastle, Weird Era Cont. et Halcyon Digest) qui avaient déjà fait leur renommée. Deerhunter délaissait alors le rock teinté de sonorités électroniques de ses précédents opus, pour se tourner vers un style plus hargneux et primal. Une nouvelle direction qui en avait surpris plus d’un à l’époque, mais qui au final paraissait dans l’ordre des choses, si l’on s’était attardé sur les dernières interviews de Bradford. Dès 2011, le chanteur évoquait son aversion pour la notion de culture indépendante, dont il avait été malgré lui l’un des modèles : « I hate indie culture. I am not an indie rock musician. I don’t even know what the fuck that means. […] I don’t even understand how people consider us to be an indie rock group.». Etant fan des Ramones, Monomania était une manière de revendiquer son amour du rock’n’roll et du punk sans effets superflus.

Fading Frontier conserve une certaine forme de simplicité mais totalement à l’opposée de celle de son prédécesseur. Le rock énergique et juvénile a fait place à une pop mature qui aurait très bien pu être l’œuvre d’artistes vétérans, après une longue traversée du désert. Les thèmes abordés vont également en ce sens. Ils sont à l’image de la pochette du disque : un discours lucide et sans détours sur les traumatismes passés, mais raconté avec un certain détachement et une nonchalance qui nous montrent le groupe sous un nouveau jour, prêt à aller de l’avant. Dans « Breaker », Bradford évoque son accident sans s’en lamenter (« I’m still alive, and that’s something » ) tandis que « Carrion » (« Charogne », en français) illustre avec sarcasme ce contraste entre souffrance et nécessité de continuer à vivre, par un jeu de mots qui conclue magnifiquement bien l’album : « Even though you’re gone, I still carry on ».

Fading Frontier a la douceur de la fin d’une période de deuil, lorsque l’on retrouve peu à peu le sourire. Aussi bien au travers des textes que de la musique, qui n’avait jamais semblé aussi apaisée dans toute l’histoire du groupe. Le style Deerhunter est pourtant bien là ; on retrouve notamment les sonorités aquatiques du producteur d’Halcyon Digest, Ben H. Allen – qui avait laissé une empreinte comparable sur Merriweather Post Pavilion d’Animal Collective -, comme par exemple avec l’étrange « Living My Life », aux accents caribéens. Mais cette marque de fabrique s’atténue comme un écho lointain, sous une pop plus conventionnelle. Ici, pas de riffs transcendantaux ni de refrains entêtants à la « Desire Lines » ou « Nothing Ever Happened ». Non pas que les mélodies soient mauvaises, mais elles n’ont plus la même force que par le passé. Les structures des morceaux sont simplifiées et les expérimentations moins nombreuses, au profit d’une instrumentation épurée mais toujours aussi soignée. Ce que la musique du groupe perd en efficacité, elle le gagne en accessibilité et sobriété. Même la clé de voûte de l’album, le très beau « Take Care », s’aventure timidement vers l’épique sans jamais s’y abandonner totalement, préférant garder une cohérence avec l’ensemble. On peut toutefois regretter la présence de « Leather and Wood » qui semble ici un peu hors de propos. L’attitude de crooner de Cox – ses susurrations dans le micro, ses intonations – et les expérimentations jazzy des musiciens sonnent plutôt comme une B-Side de Parallax, le superbe troisième album solo du chanteur, sous son alter-ego Atlas Sound.

Ainsi, Fading Frontier n’est sans doute pas un album qu’on écoutera en boucle jusqu’à plus soif, contrairement à ce à quoi Deerhunter nous avaient habitués jusque là, mais il n’en reste pas moins touchant et a le mérite d’être une belle porte d’entrée dans leur univers, pour ceux qui souhaiteraient s’y aventurer.

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