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Il y a des albums plus attendus que d’autres. La suite des aventures du quintet anglais Ulrika Spacek – après un premier opus, The Album Paranoia, sorti l’an dernier – fait partie de ceux-là. Et il faut dire qu’en un aussi court laps de temps, la qualité du groupe ne s’est pas affaiblie !

Modern English Decoration est un album puissant et entraînant, où s’emmêlent voix abstraites, concertos de guitares saturées et sections rythmiques précises. Le LP s’ouvre sur « Mimi Pretend », second extrait de l’album, partagé en amont de sa sortie. Cet opener rock doux évolue à travers un pattern elliptique basé sur un jeu de batterie assuré et percussif et de riches mélodies de guitares électriques. « Silvertonic » est un morceau pop brillant et évolutif. Sa batterie, ainsi que la combinaison de guitares électriques tricotées et d’accords folks acoustiques, évoquent les américains de Deerhunter.

Le morceau lancinant « Dead Museum » nous rappelle quant à lui, les heures glorieuses du Velvet Underground, combinant une batterie et une ligne de basse bien placées. Le titre nous prend au corps et nous laisse nous dandiner lascivement, de droite à gauche, comme les derniers danseurs éméchés de fins de soirées. « Ziggy » est un morceau énergique, aux consonances pop et aux guitares naïves. Il introduit « Everything, All The Time » – premier extrait de l’album, dévoilé en 2016 -, dont la structure alterne passages rock puissants, portés par un maelstrom de guitares électriques, et moments plus calmes, avec combinaisons d’arpèges acoustiques.

A mi-course, l’écoute de l’album laisse place à un moment de contemplation parfaite, une bulle détachée où un observateur invisible voit le temps se ralentir et une scène inconnue se dérouler devant ses yeux. Le morceau éponyme « Modern English Decoration » s’ouvre ainsi sur des tonalités orientales, suivies d’accents surf apaisants dont la mélodie rappelle le « Little Trouble Girl » de Sonic Youth. Aussi, le retour à la réalité n’en est que plus puissant lorsque s’ouvre le mélancolique et entêtant « Full of Men », morceau plein de corps et combatif. Il y réside en effet une sorte d’obstination, de combativité, portée par la batterie, les riffs de guitares hypnotiques et les patterns non-orthodoxes.

L’enthousiasme porté par l’écoute de « Full of Men » laisse place à 5 minutes de musique totalement différente des morceaux écoutés jusqu’ici. « Saw a Habit Forming » présente la voix vibrante et méconnaissable de Rhys Edwards, comme venant d’une autre dimension, onirique. Accompagné d’une guitare distordue à la Women, le morceau est une autre ballade contemplative, amenant à la réflexion et à l’introspection, pour nous laisser à la fois surpris et émerveillé, intrigué et ému, tant par sa simplicité que par la beauté de ses mélodies et des images qu’il renvoie. Le passage « extra-terrestre » de l’album se poursuit sur un morceau majoritairement instrumental, « Victorian Acid ». Sa basse aux influences Post-Rock sonne comme un drone inquiétant, avant que n’apparaisse la voix de Rhys Edwards, complètement noyée dans une mer de guitares distordues et de réverbe distante.  Afin de terminer cette visite d’intérieur d’Ulrika Spacek, « Protestant Work Slump », un morceau krautrock simple, lumineux et efficace, clôt avec dynamisme l’album.

Contrairement à d’autres formations de sa génération, Ulrika Spacek a su avec Modern English Decoration, trouver son identité de groupe indie rock. Se plaçant en héritiers de leurs modèles, ils nous offrent ici un vrai témoignage rock, entre morceaux pop dansant et mélodies sombres et mélancoliques. L’album est une invitation à la contemplation, l’oubli de soi et l’expression des émotions. Ulrika Spacek s’inspire de formules qui ont déjà fonctionné par le passé, à l’image des anciens morceaux « She’s a Cult » ou « Porcelain » : une voix fortement réverbérée et distante, et un assemblage krautrock de guitares saturées et d’un basse ronde. Déviant de l’axe emprunté sur The Album Paranoia, le groupe propose toutefois une nouvelle structure, plus subtile et personnelle, en donnant à l’album une histoire : celle d’un groupe d’amis partageant leur amour de la musique.

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